DJARABANE
Au petit marché des amours perdues

Tchad, Sarh, 1984. Alors que Hissène Habré, soutenu par la France, mène la guerre face à la Libye de Khadafi, un jeune garçon, Kandji, rêve de peinture et de singe dans ce monde où tout peut soudainement vaciller.

Par v-degache, le 31 janvier 2023

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Notre avis sur DJARABANE #1 – Au petit marché des amours perdues

Le Tchadien Adjim Danngar (Mamie Denis : évadée de la maison de retraite, L’Harmattan BD, 2017) signe les dessins et le scénario de ce premier tome de Djarabane : Au petit marché des amours perdues.

Le récit débute en 1984, à Sarh, ville natale de l’auteur, alors que le Tchad est en conflit depuis 1978 avec la Libye au sujet de la bande d’Aozou, et que la guerre civile déchire le pays. Si la situation géopolitique n’est pas toujours primordiale au déroulé des événements, elle revient toutefois régulièrement, à travers un poste de radio, une télé, une ligne de dialogue, pour rappeler la fragilité de la vie, et que tout avenir peut subitement être remis en question.
Kandji, 7 ans, grandit dans un Sarh troublé par la présence des troupes françaises soutenant Hissène Habré, alors que son père angoisse d’une possible mutation vers la capitale N’Djaména en proie aux soubresauts politiques. Le quotidien du jeune garçon est égayé par les spectaculaires apparitions de Zarathoustra, mi-sorcier, mi-idiot du village, et qui dessine à l’aide de charbon de bois et de feuilles données par la gendarmerie locale… Et Kandji aime également dessiner, rêvant face à ce tableau coloré présent dans l’appartement familial, où un singe trône sur une branche, un singe qui lui fait penser à celui possédé et trimbalé dans une cage par le peu affable Absakine, et que le gamin est prêt à voler !

Adjim Danngar parvient à merveille à raconter ce quotidien, les rêves d’un gamin, une vie qui peut être remise en cause à tout moment par les aléas politiques, croquant une galerie de personnages dégageant immédiatement de l’empathie avec son trait semi-réaliste et un noir et blanc qui n’est rompu qu’avec les peintures décorant l’appartement, ou celles murales servant d’accroche pour attirer les clients chez les commerçants de N’Djaména.
Structuré en deux parties, la seconde moitié de la BD nous emporte dans les années 1990 dans un N’Djaména où Kandji et ses parents se sont installés, et où Idriss Deby a pris le pouvoir. Le jeune garçon a bien grandi et doit désormais travailler pour vivre, mais toujours avec ses rêves d’artiste, et cette obsession du singe d’Absakine qui revient !

Le tome 1 de Djarabane – Au petit marché des amours perdues est une belle découverte, un joli récit mêlant rêves d’enfant et quotidien d’un pays connaissant les soubresauts postcoloniaux. A. Djanngar parvient à capter le lecteur et à l’emmener dans ce monde parfois étrange, traversé par les légendes et des personnages énigmatiques.

Par V. DEGACHE, le 31 janvier 2023

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