L'obéissance

En ce début d’année 1918, le lieutenant Verbrugge est convoqué par le capitaine Bouchardon, secrétaire aux Conseils de Guerre, qui lui apprend que le gouvernement belge a, par missive officielle, sollicité l’aide de la haute autorité française. En effet, devant procéder à l’exécution d’un condamné à mort, l’institution belge demande que le bourreau officiel de Paris, en l’occurrence Anatole Deibler, vienne procéder à l’exécution de la sentence à Furnes, en zone occupée. Répondant favorablement à la requête malgré le terrible conflit qui sévit sur les deux territoires, l’état-major français mandate le lieutenant Verbrugge pour encadrer l’expédition qui devra transporter la fameuse guillotine et son utilisateur patenté jusqu’au lieu de l’exécution. Considérant l’atmosphère ambiante et la différence de caractère de chaque participant, la curieuse équipée ne sera pas de tout repos.

Par phibes, le 18 décembre 2009

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Notre avis sur L’obéissance

Certainement motivé par l’adaptation du roman de Pierre Loti, "Aziyadé", Franck Bourgeron récidive en s’accaparant cette fois-ci l’œuvre éponyme de François Sureau. Constituée à partir de faits authentiques qui se sont déroulés lors de la première guerre mondiale, cette histoire se veut singulière dans les faits et nous entraîne sur fonds de guerre dans une curieuse équipée au coeur de laquelle une guillotine prend une place prépondérante.

Conformément au roman, Franck Bourgeron fait progresser dans une certaine linéarité ses péripéties au travers de la vision de ses personnages qui, chacun à leur tour, nous font part gravement de leurs sentiments sur ce qu’ils vivent au moment présent. Les capitaines Bouchardon, Loth, le maréchal des logis Faucon, le lieutenant Verbrugge… livrent ainsi leurs plus intimes pensées dans de longues proses à la tonalité pesante. Ces derniers nous font ressentir quelque peu l’extravagance de leur mission qui consiste à protéger un engin de mort dans un contexte guerrier, mission qu’ils n’hésitent pas, d’ailleurs, à mener avec assiduité au détriment de leurs existences.

Anatole Deibler (il a réellement existé) est le personnage le plus énigmatique. Alors qu’il doit incarner celui qui doit, en tant qu’exécuteur des hautes œuvres, faire tomber le couperet sans état d’âme, il apparaît ici au bord de la folie, habité par une hébétude inquiétante. De ce fait, il nous intrigue et laisse à penser que la mission dont il est investi ne va pas se passer comme il se doit.

Le style graphique de Franck Bourgeron touche généreusement. De son trait qui se révèle à la fois pointu et touffu, il nous expose un univers pictural déchiré dans lequel la psychologie des personnages est superbement exploitée. Les mimiques épurées touchent, les attitudes grassement noircies rappellent que la guerre est présente et que la gravité est de mise. Malgré tout, il y a une certaine vivacité dans le geste qui, auréolé de tons pastels, le rend formidablement attrayant et compatible avec l’ambiance du récit.

Une bien belle épopée historique et psychologiquement envoûtante où l’absurdité des décisions vient se heurter à la loyauté des exécutants.

Par Phibes, le 18 décembre 2009

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