Le Cousin Harki

 
Il était une fois, en 1955, le retour de guerre d’un militaire français d’origine algérienne et de son supérieur qu’il appréciait énormément. Entre Zyad et le colonel Martin, il y avait plus que plusieurs guerres faites côte à côté : il y a avait aussi l’Islam, religion à laquelle le premier avait converti le second.

Cette année-là, au bout de leur chemin commun, il y eut la mort de Zyad qui avait alors dans ses affaires un Coran qu’il avait pourtant offert et dédicacé au colonel Martin. Lorsque le fils de Zyad, Moktar, découvrit que son père détenait ce Coran qu’il avait pourtant offert, il s’est mis en tête d’aller le rendre à son récipiendaire.

Ce qui fut fait dans des conditions pas banales en 1958. Bien avant que Moktar, pour des raisons de santé, soit admis à la clinique "Les jours plissés" où ses racines et son histoire allaient se trouver au cœur des relations qu’il entretenait avec les autres pensionnaires…
 

Par sylvestre, le 26 mars 2012

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Notre avis sur Le Cousin Harki

 
En plaçant sous le titre de la bande dessinée, sur la couverture, ce petit texte d’accroche qui fait référence à Petit Polio, l’auteur Farid Boudjellal fait clairement de cet album Le Cousin Harki une sorte de quatrième tome à son œuvre qui a vu grandir Mahmoud et qui a également invité le génocide arménien dans ses pages. Mais s’il est vrai que Mahmoud y tient un rôle, cette histoire aurait tout aussi bien pu être racontée dans un autre contexte.

Cette fois donc, après l’Arménie, c’est de la question des Harkis dont il est question. Français à part entière ? Traîtres à leur pays ? Des réflexions qui pointent régulièrement d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, questions qui animent les récurrents débats passionnés des historiens, des politiques, des anciens combattants et des défenseurs des droits de l’Homme.

Farid Boudjellal, lui, choisit de zoomer sur l’humain et il aborde ce thème à hauteur de ses personnages. Moktar a ses racines en Algérie, mais il se déclare cousin direct de Français ! De quoi alimenter les petites querelles et autres discussions qu’il va avoir avec les autres pensionnaires de l’établissement où il est admis pour ses problèmes respiratoires et où il semble bien connaître le directeur ! Mais là s’invite peut-être la petite déception : car après un démarrage d’histoire qui fleurait bon l’aventure et la recherche par Moktar du colonel Martin à qui remettre le Coran (voir le résumé), on comprend vite que là ne va pas être le vecteur principal du récit, et le propos principal est quelque peu noyé dans la chronique un peu plus fade de cette cohabitation de jeunes gens à la clinique Les jours plissés.

Or tout y est : prologue sur mesure, évocation de la guerre, dépaysements, et même ces double pages qu’on apprécie tant dans les albums de l’auteur ! Pourtant, on ressort de cette lecture pas entièrement satisfait. Peut-être qu’à avoir mixé comme il l’a fait les souvenirs, l’Histoire, la religion, le contemporain et même l’homosexualité, l’auteur nous a un peu perdus en nous donnant trop sans qu’on sache précisément à quoi s’accrocher. Comme s’il avait traité avec la même importance les choses fondamentales et des situations ou des notions beaucoup plus banales et qui paraissent alors hors le sujet annoncé. D’où un certain déséquilibre…

Cela dit, Le Cousin Harki reste dans l’esprit des opus précédents et a su en garder les qualités aussi ! C’est un album qui en outre a le mérite de remettre à l’ordre du jour la question des Harkis, thème peu présent dans le neuvième art.
 

Par Sylvestre, le 26 mars 2012

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