Le retour d'Ataï

Au grand regret de son petit-fils, Grand-père Gocéné a quitté la terre de ses ancêtres, la "Kanaky", pour rejoindre le continent et plus particulièrement la capitale française. En effet, ce dernier s’est donné pour mission de retrouver la trace d’un de ses ancestraux frères kanaks, Ataï, afin de ramener ses restes parmi les siens. Hébergé par la famille de son ami Jimmy, le vieil homme s’intéresse aussitôt à une vente aux enchères durant laquelle des reliques océaniennes doivent être soumises aux offres du public. Commence alors une quête fastidieuse pour Gocéné qui va devoir, au fil de nombreuses rencontres, faire preuve de patience et surtout d’opiniâtreté pour retrouver celui qui porte l’histoire de tout un peuple. Le retour d’Ataï est-il possible ?

 

Par phibes, le 28 mars 2012

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Notre avis sur Le retour d’Ataï

Quelques trois années après la publication de Cannibale, Didier Daenincks voit son nom se pérenniser chez l’éditeur Emmanuel Proust qui remet en scène son sympathique personnage Gocéné, le vieux Kanak. Cette histoire inédite, adaptée du roman éponyme écrit aux éditions Verdier, lui donne l’occasion de transporter ce dernier hors de son territoire îlien à la recherche d’un symbole de lutte contre la colonisation et l’esclavage, le chef Ataï.

Cet opus, qui a l’avantage de se lire sans connaître absolument les premières péripéties, partage toutefois quelques similitudes, eu égard aux souvenirs douloureux et peu honorables pour la France, de l’exposition coloniale de 1931. Didier Daenincks est toujours inspiré par cet épisode historique et par le peuple calédonien, et, fort de cette thématique authentique qui donne une interprétation à la réelle disparition de la tête d’Ataï, nous donne invite à une quête, presque policière, d’un homme qui s’est imposé le dur labeur de retrouver l’un des siens. Par ce biais, on se plait à suivre cet homme fragile mais étrangement habité par une volonté indéfectible, à faire le tour très habilement (trop peut-être pour un individu qui n’a connu la vie parisienne que par l’exposition de 1931) des salles de vente, musées, des arrières salles et des collections privées. Son parcours se veut engagé, doté d’une certaine sagesse, d’une grande sensibilité, d’une bonne dose d’amertume, et prend tout sa force à la fin des péripéties.

Au niveau graphique, Emmanuel Reuzé sait nous surprendre de par la façon dont il manie ses outils artistiques. Tantôt onirique (Ubu Roi), tantôt caricatural (La vraie vie de Didier Super), son dessin peut également atteindre un degré d’authenticité remarquable (Cannibale). A ce titre, Le retour d’Ataï est l’occasion d’apprécier la justesse de son trait, sa rondeur et son expressivité, mis en valeur par une colorisation lumineuse, superbement adaptée aux péripéties de Gocéné.

Une superbe adaptation convaincante et humaniste du roman de Didier Daenincks qui a l’avantage de dénoncer les travers du colonialisme et de faire reconnaître la culture Kanak.

 

Par Phibes, le 28 mars 2012

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