L'enfer

1962, Marcel tombe amoureux de la belle Odette, ils se marient et ouvrent rapidement leur propre hôtel. Cependant, Marcel est un mari maladivement jaloux. Chaque sourire de sa femme à un autre est interprété, chaque silence prend une signification angoissante, il la soupçonne de le tromper avec le beau Martineau… Plus les jours passent, plus la vie tourne à l’enfer pour le couple…

Par fredgri, le 7 mars 2025

Publicité

Notre avis sur L’enfer

En juillet 1965, Henri-Georges Clouzot commence le tournage de L'Enfer, son ultime film qui se veut bien plus ambitieux que tout ce qu’il a pu réaliser jusque-là. La production, impressionnée par ses premiers essais, lui ouvre alors un budget illimité. Mais très vite, l’exigence du réalisateur et des problèmes techniques vont venir alourdir le projet et les conditions de travail de toute l’équipe. Trois semaines plus tard, Clouzot, très fatigué, fait un infarctus. Le tournage est interrompu et le film reste désormais inachevé, ne laissant que 185 bobines contenant 13 heures de rushes, qui restèrent inédites jusqu'en 2009, au moment où Serge Bromberg réalise son documentaire "L’Enfer de Henri-George Clouzot", avec l’aide d’Inès Clouzot, la veuve du réalisateur.

Pour les besoins de cet album, Nicolas Badout revient donc sur le scénario original de Clouzot, les rushs miraculeusement exhumés, avec l’aide de José-André Lacour : il reconstitue le projet global, ses premières intentions, en tentant de rester le plus fidèle possible à l’idée du réalisateur.
Nous rencontrons alors le couple Michel/Odette qui s’installe avec le petit Pierrot dans l’établissement hôtelier qu’ils vont diriger. On glisse progressivement dans la vision paranoïaque du mari qui ne supporte plus ni les regards portés sur sa jeune et belle femme, ni les sourires de cette dernière à la clientèle et à leurs amis. Plus on avance, plus la réalité subjective de Marcel prend le relais, nous emportant dans une vision angoissante et complètement déformée où les rires d’Odette se font racoleurs, ou le moindre geste de la main devient coupable de sous-entendus. Il n’écoute plus, ne cherche pas à savoir, il soupçonne, interprète, il transforme cette histoire en un cauchemar permanent qui fait de sa vie, ainsi que celle de sa femme, un véritable enfer fait de cris, de reproches permanents, de violence psychologique, de filatures suspicieuses qui dérapent lentement…

Ce drame qui se joue devant nous est exacerbé par l’écriture morcelée, presque hantée de Clouzot qui répète les mots, joue sur la cadence des phrases, sur la folie qui s’immisce petit à petit. On comprend combien la tension a dû être palpable durant le tournage, accentuée par les exigences du réalisateur.
En lisant l’album, on s’immerge dans un univers de folie, avec des noirs et blancs régulièrement troublés par des pointes de couleur. Les cases se déforment, les décors se tordent et, même s’il n’égale pas les images fixées sur les pellicules, le dessin de Badout est littéralement habité par les atmosphères de l’histoire. C’est très impressionnant.

Un album qui interpelle le lecteur, qui le transporte vers une vision d’auteur sans compromis.

Très conseillé.

Par FredGri, le 07 mars 2025

Publicité