Les dernières heures de Troie

Depuis une dizaine d’années, le roi de Sparte Agamemnon et son armée se heurtent aux grandes murailles de la cité Wiloucha qui protégent le roi Priam et son peuple. Qui plus est, son allié hittite, le sinistre roi Hattusili III a décidé de ne pas venir lui apporter le renfort nécessaire pour faire capituler l’adversaire. Alors que tout espoir de victoire semble avoir disparu, Ulysse, roi d’Ithaque, imagine un stratagème qu’il met en application quelques semaines plus tard. C’est ainsi qu’un beau matin, un éclaireur du Roi troyen Priam vient annoncer à son monarque que les assaillants grecs ont quitté les lieux, laissant sur la plage où ils étaient cantonnés, un gigantesque cheval construit à partir d’épaves de navires. La surprise est totale et évidemment, se pose la question de l’utilité de cette construction monstrueuse. Est-ce l’œuvre de Poséidon ou s’agit-il, comme le clame Laocoon, le grand prêtre d’Apollon, d’une hérésie grecque maléfique ? La capture d’un fuyard grec, répondant au nom de Sinon, instille une nouvelle incertitude pour le roi Priam qui en appelle à la volonté divine par le biais de Laocoon. Lors de la cérémonie qui s’ensuit, le prêtre et ses deux fils perdent la vie à la suite à l’attaque de serpents de mer. Priam en déduit que le dieu Poséidon a été offensé et qu’il convient de faire honneur au gigantesque cheval en le transportant dans la cité fortifiée. Par cette décision, Wiloucha compte ses dernières heures.

Par phibes, le 20 janvier 2023

Publicité

Notre avis sur Les dernières heures de Troie

Issu de l’éducation nationale, Mikael Coadou fait son entrée dans l’univers de la bande dessinée en s’associant à Benjamin Blasco-Martinez, dessinateur réputé pour ses illustrations particulièrement percutantes (voir la série Catamount, le tome 13 de la série L’Homme de l’année…). Fort de cette association intéressante, le scénariste nous plonge sous le couvert du nom ancestral de Troie (légèrement adapté) dans l’Histoire de l’Antiquité et plus spécifiquement dans la mythologie grecque en rapport avec la célèbre guerre relatée par Homère dans l’Iliade et l’Odyssée.

Fort de ce choix, le récit nous amène peu de temps avant la chute de la fameuse cité troyenne et nous expose une vision ô combien brutale sur les évènements que l’on connaît déjà et qui vont précipiter sa perte. Les héros tels Pâris, Achille sont morts et subsiste, côté grec, le fameux Ulysse qui va donc trouver le moyen de faire cesser le sac interminable de Wiloucha via une ruse qui est passée à la postérité. Mais, l’histoire contée ne s’arrête pas qu’à cette évocation puisqu’elle se réfère aussi à un autre personnage bien sombre, le roi d’Hattusa, allié bien menaçant à Sparte, qui lui aussi, va vivre des moments bien tourmentés et précipiter la chute de l’empire hittite.

Considérant la dynamique du récit qui passe subtilement de situations en situations, Mikael Coadou trouve la juste tonalité pour captiver son lecteur. A la faveur d’une violence continue (certes on parle de guerre), le scénariste ne ménage nullement sa peine pour nous installer dans des moments particulièrement prégnants, sanglants à souhait tout en s’inspirant avec habileté de ce pan héroïque de la mythologie grecque.

Il va de soi que ce récit en percussion a tout son intérêt grâce à la puissance graphique de Benjamin Blasco-Martinez. Ce dernier a l’avantage de nous bombarder de scènes chocs, voire horrifiques impeccablement bien restituées. La barbarie transpire dans toutes les cases et produit ses effets sur la lecture de l’album, dans une énergie palpable, sans appel. Le travail est impressionnant et conforte haut la main le talent de l’artiste et surtout sa propension à œuvrer dans le cru, sans aucune retenue. La colorisation réalisée par Emilie Beaud complète bien évidemment cette ambiance générale et apporte un relief bénéfique.

Une revisite d’un récit épique ô combien efficace qui vaut pour sa cruauté et sa puissance évocatrice. Bravo !

Par Phibes, le 20 janvier 2023

Publicité