Mort aux cons

Lors d’un soir d’été, avachi dans son canapé, Ben regarde une émission de télé qui, comme la chaleur ambiante, l’abrutit pleinement. Ayant laissé la fenêtre ouverte, le chat de sa voisine vient s’installer auprès de lui. Dans son indolence, il se met à caresser le félin qui, au bout d’un moment, lui lacère la main. Sortant subitement de sa torpeur, il s’empare du chat et le jette du haut de son balcon. Le lendemain, la découverte du pauvre minou provoque l’émoi de la résidence et curieusement, génère par la suite une certaine cohésion entre les voisins. Cette situation n’est pas sans surprendre Ben qui se décide à reproduire son geste radical sur d’autres animaux afin de recréer cette harmonie à plus grande échelle. Après une altercation avec sa concierge, Ben devenu sérial-killer de bestiaux franchit un pas décisif dans sa réflexion, celui de traquer cette fois-ci l’humain. Son déplacement chez des amis normands va lui permettre de mettre à exécution son nouveau plan qui consiste à éliminer ceux qui polluent son quotidien, à savoir les cons.

Par phibes, le 11 mai 2022

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Notre avis sur Mort aux cons

A n’en pas douter, la connerie est malheureusement universelle et exaspère évidemment ceux qui la côtoient. Pour peu qu’elle génère en vous une volonté d’en comprendre ses contours et surtout de l’éradiquer, il est fort possible que vous preniez le chemin tourmenté que Ben, le personnage principal de cet album, s’est donné de suivre pour faire la chasse à ceux qui la porte, les cons. Sous couvert de cette expression typiquement française que Michel Audiard usait à sa guise, les cons sont donc appelés à en prendre pour leur grade et surtout à en subir des conséquences évidemment très néfastes.

A l’origine de cette diatribe radicale et réflexive, le romancier Carl Aderhod voit son roman faire l’objet d’une adaptation en bande dessinée et ce grâce aux efforts et talents conjugués d’Eric Corbeyran et d’Alexis de Saint-Georges. Force est de constater que le message est on ne peut plus efficace, délivré par un protagoniste qui a l’avantage de nous entraîner dans son tourbillon destructeur.

Dans une tonalité à double effet, à la fois légère et inquiétante, si le récit ne manque pas d’interpeller par l’improbabilité des agissements de Ben, il a le mérite toutefois de rentrer dans un délire évolutif qui pousse les auteurs, via leur personnage central, dans des retranchements analytiques de qualité, bien subtils, on ne peut plus froids et sarcastiques sur ces fameux cons. De plus, il a la spécificité d’être doublé d’une enquête policière que l’on appréciera tout particulièrement dans le face-à-face contradictoire de la dernière partie de l’ouvrage.

Au niveau du graphisme, Alexis de Saint-Georges, qui a été remarqué par le Jury Jeunes Talents du Festival d’Angoulême en 2018, nous livre une partition semi-réaliste stylée qui a son charme. A la faveur d’une colorisation directe éprouvée, l’artiste nous entraîne efficacement dans son univers pictural à mainlevée, mettant en avant des personnages tels Ben, en tueur indolent, bien convaincants et des décors urbains profonds joliment travaillés.

Une réflexion bien agissante et grinçante, qui déquille à souhait, à découvrir, bien sûr, au second degré.

Par Phibes, le 11 mai 2022

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