Oh Lenny

June travaille dans un petit cabinet vétérinaire, dans une grande ville américaine. Elle vit avec son copain Brad qui lui apprend qu’il vient de trouver un boulot, mais qu’il doit pour cela accepté de déménager dans un lointain lotissement, dans une belle maison dernier cri. La jeune femme qui est bien dans son travail, au contact des animaux, qui s’entend très bien avec ses voisins, ne vit pas très bien ce déracinement et ce nouvel environnement gris et déshumanisé. Un jour, alors qu’elle se balade le long d’un cours d’eau, elle découvre une étrange créature qui semble à bout de force. Elle décide de la ramener à la maison pour s’en occuper. Brad est d’abord assez réticent, ne connaissant pas vraiment la nature de la créature. Au fur et à mesure, il se rend surtout compte qu’il se créé une sorte de dépendance affective assez malsaine entre June et celui qu’elle appelle désormais Lenny…

Par fredgri, le 14 mars 2024

Notre avis sur Oh Lenny

Après avoir dessiné le récent Au cœur du naufrage qui racontait la tragédie du Titanic, Aurélien Maury revient cette fois avec un nouvel album solo de 328 pages qui se révèle la grande surprise du moment.

Nous rencontrons June, une citadine qui doit quitter le confort de son appart, de ses plantes, de son quotidien, de son travail dans un cabinet vétérinaire, pour suivre son compagnon Brad, qui vient d’accepter un poste dans une ville assez éloignée. Certes, c’est un nouveau départ pour la jeune femme qui se retrouve donc sans emploi et seule au milieu de ce lotissement ou toutes les maisons sont pratiquement identiques, ou la nature n’a progressivement plus de place. Prise dans une sorte d’état dépressive, elle rencontre une créature étrange qui va littéralement lui sucer le sang. Elle effectue alors un véritable transfert affective, mais sombre petit à petit dans une dépendance qui la détruit lentement.
Cet être est en quelque sorte la représentation du mal qui grossit en June, qui se nourrit de sa vitalité, qui fige sa relation avec Brad, une forme de profond désordre duquel elle ne parvient pas à s’extraire, ne prenant pas vraiment conscience de ce qui passe au fur et à mesure autour d’elle.

Aurélien Maury adopte une écriture plus fine qu’il ne pourrait paraître, justement par cette double lecture qui nous amène à davantage réaliser la douleur et la détresse qui emprisonnent June dans une chute en avant, au contact de « Lenny ». On observe la situation qui se dégrade, la tension qui monte dans le couple, l’humeur de la jeune femme qui se durcit de plus en plus, avec ses décisions irraisonnées, son départ, cette volonté d’être seule, loin de tout, de retrouver le contact avec la nature, loin du béton.
Beaucoup de subtilité donc dans ce portrait de la dépression qui arrive très subtilement à éviter les gros poncifs pour nous entraîner dans un récit haletant, plein de rebondissements, de surprises et de bonnes idées.

Graphiquement, c’est vraiment du très beau travail. Le trait en ligne clair, souple et gracieux sert parfaitement le propos de l’intrigue, même s’il impose un œil assez neutre, en fin de compte. Mais certaines scènes « hallucinatoires » dans la dernière partie, sont tout simplement éblouissantes dans la forme, la maitrise de la fluidité narrative. Du très grand Art.

Un album surprenant qui nous permet de redécouvrir le travail d’un artiste très discret qui mériterait amplement d’être plus connu.

Très vivement recommandé.

Par FredGri, le 14 mars 2024

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