Oken

1941. En réponse à Pearl Harbor, les Américains bombardent la colonie japonaise qu’est alors Taïwan. Le jeune Oken est contraint de quitter sa ville natale pour les montagnes voisines. Il se familiarise alors avec une vie très simple au coeur de la nature, qu’il adore observer. 

Quelques années plus tard, il retrouve la ville qui est maintenant sous le contrôle de la Chine. Que de tiraillements culturels ! En plein bouleversement politique, l’adolescent découvre aussi l’art et la voie de la poésie.

Par legoffe, le 3 mars 2024

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Notre avis sur Oken

L’artiste taïwanais Shih-hung Wu, pour son premier album, s’est lancé dans un défi artistique majeur. Il a adapté, de manière superbe, onirique, l’autobiographie du grand poète Yang Mu, Mountain Wind and Ocean Rain, écrite entre 1984 et 1986.

Issu de l’animation, Wu a envoyé son projet au célèbre concours annuel de l’Association Raymond Leblanc qui, séduite, en a fait son lauréat. Est alors né cet album, choc visuel et culturel, qui montre déjà toute la maîtrise de l’auteur. Il est, en effet, parvenu à offrir des planches qui relèvent tantôt de la BD, tantôt de la peinture, tantôt du figuratif, tantôt de l’abstrait, le tout sans jamais perdre le fil de la narration. 

On suit donc le parcours du jeune Oken jusqu’à sa révélation de l’amour pour l’art et la poésie. Un  récit historique, certes, mais également très intimiste. Le garçon nous  livre son ressenti sur la guerre, la nature, les relations humaines ou les affres de l’occupation chinoise, qui est un bouleversement culturel. 

Les émotions d’Oken sont éprouvées avec force car, au delà des faits, il y a les images. Wu transforme ces émois en créations visuelles étonnantes, qui dégagent une grande force. L’album alterne ainsi les images tourmentées et abstraites, et des décors doux et apaisants réalisés à l’aquarelle. 

Ces images contrastent beaucoup avec les visages des personnages, assez durs et caricaturaux. Cet aspect est un peu déroutant au départ, mais l’auteur a certainement cherché à ancrer dans le réel l’humain confronté aux drames de la vie.

C’est vraiment un très bel hommage rendu à Yang Mu, qui mérite amplement le prix Atomium qu’il a reçu. 

Par Legoffe, le 3 mars 2024

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