Paquet de merde

Pierre est sur le coup d’une détresse affective intense. Accablé, ne répondant à aucun appel téléphonique, le jeune homme n’arrive pas à contenir ses larmes tant il est bouleversé par ce qu’il vient de vivre. Après sa toilette, ce dernier saisit le sac poubelle qui se trouve dans le couloir et qu’il ne peut quitter des yeux, et se rue au dehors toujours sous le coup de son émotion. Tout en courant, il se rappelle de ses premiers pas d’éditeur, au moment où il propose à son ami Jean-Marc de publier son ouvrage refusé par d’autres maisons d’édition. La motivation semble être de la partie, partagée par David son meilleur pote et associé. Dans ses heures creuses, Pierre ne peut s’empêcher de se remémorer une partie de sa jeunesse au moment où ce dernier a vécu douloureusement la perte de Cybelle, le chien de ses parents, et plus tard l’adoption désastreuse de Lucy. Par ailleurs, il pense à son amitié pour David, leur excursion légère en Italie, leur complicité festive et aussi leurs déboires financiers. Il se rappelle de son premier périple angoumoisin peu ragoutant en tant qu’éditeur, d’autre part, en d’autres temps, sa rencontre avec Nina durant ses études à l’université. Enfin, il croise le chemin de Fiston, un chien craintif de la SPA, qui va être à l’origine, durant une bonne partie de sa vie d’éditeur, d’un attachement indéfectible.

Par phibes, le 20 mars 2015

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Notre avis sur Paquet de merde

Sous trois initiales qui cachent un jeu de mots réalisé avec son nom, Pierre Paquet, éditeur de son état, nous livre, pour la deuxième fois sous son véritable nom (après Un regard par-dessus l’épaule), un ouvrage pour le moins intimiste et sans ambages. Grâce à ce support dont il a pris l’habitude de gérer, l’artiste expose à livre ouvert son parcours professionnel tout en l’accompagnant de nombre d’évocations personnelles.

A cet égard, l’on pourra être agréablement surpris par la teneur de cette histoire complètement authentique qui joue abondamment sur le fil de l’émotion et qui permet de dévoiler les tranches de vie qui ont le plus marqué l’éditeur, de sa tendre enfance (lorsqu’il perd Cybelle) jusqu’à son émoi pour Fiston en passant par tous les déboires liés à son métier de gérant d’une maison d’édition.

Compte tenu de cette teneur très personnelle, certainement pas avare en coups durs et plutôt assez proche de ce que peut vivre tout un chacun, le récit a l’avantage de se lire assez rapidement malgré ses quelques 250 pages. Dès les premières planches, Pierre Paquet donne la tonalité de son épopée, une tonalité qui évidemment nous plonge dans une profonde tristesse que l’on va, au fil des pages et de la cadence scénaristique mise en place, découvrir ce qui la provoque. Assurément, l’on entrevoit implicitement, dans le parlé nature et parfois un peu cru qui nous est opposé, que l’auteur, de temps à autre déboussolé par son environnement, joue copieusement avec ses anecdotes. A cet égard, les tableaux se succèdent dans des époques différentes, mélangeant sans retenue son métier (pas si évident à gérer) et son parcours très personnel (plus appuyé que l’aspect professionnel), dans des intonations simples et efficaces. Il en vient même, à plusieurs reprises, à mettre en exergue le lien très fort (et très dominant dans le récit) avec la gente animale et plus particulièrement avec son chien, Fiston, qui devient le seul être sur lequel il peut compter et grâce auquel il peut éluder toutes les désillusions provoquées par ses pairs.

Cette autobiographie se veut illustrée par Jésus Alonso, un artiste espagnol qui signe ici son premier album français grand public. On ne pourra que saluer sa prestation qui met en valeur un univers semi-réaliste coloré grâce à un trait très stylisé et plutôt moderne, à la fois énergique et expressif et qui, à la faveur d’une sympathie ambiante, porte à merveille la biographie de l’éditeur.

Une autobiographie très personnelle qui permet à n’en pas douter de mieux connaître l’éditeur Pierre Paquet au travers d’un vécu on ne peut plus chaotique. Un beau pavé qui peut être lu par un large panel de lecteurs.

Par Phibes, le 20 mars 2015

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