RUE DE LA GRANDE TRUANDERIE
Une enfance au familistère

En 1883, quatre clients d’un cabaret sont détroussés par Célestin Rivoire, un malandrin armé d’un couteau. Une fois le produit de son larcin en poche, ce dernier prend la tangente et finit par être rattrapé par un groupe de personnes agissant pour la morale. Il disparaît de la circulation. Trois mois plus tard, Célestin réapparaît, poursuivi par des individus qui cherchent à le coincer. Alors qu’il est blessé, il parvient à leur fausser compagnie en sautant du train où il se trouvait. Avant de s’écrouler, il demande à des passants de prévenir Madame Fourier qui se trouve rue de la Truanderie. Célestin est ainsi récupéré par des compagnons qui l’entraînent rapidement au familistère de sa protégée. Quels sont les informations que doit rapporter Célestin à cette dernière ? Quelle est donc cette communauté dont elle se trouve à la tête ? Et par ailleurs, quelles sont les intentions de ce mystérieux Maître Caïus qui chapeaute le familistère de Guise ?

Par phibes, le 31 mars 2025

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Notre avis sur RUE DE LA GRANDE TRUANDERIE #1/2 – Une enfance au familistère

Jean-David Morvan a décidé de prendre pour décor deux lieux bien spécifiques pour leur histoire. Le premier, la rue de la Grande Truanderie, est issu d’un quartier de Paris (1er arrondissement) dont l’origine se veut certes ancestrale mais pas très clairement définie au niveau de son appellation (rue malfamée où la pègre régnait ou alors rue où se situait un bureau de prélèvement de taxes commerciales dit « de truage »). Le second, le familistère de Guise, représente un vaste bâtiment du nord de la France dans lequel vivait une communauté régie selon un principe de partage créé par Jean-Baptiste Godin (l’inventeur du poêle en fonte). A la faveur de ces deux célèbres sites, le scénariste nous entraîne dans une équipée qui lie la famille Godin à Glannes Fourier, une jeune femme orpheline dont on découvrira le passé et ses aspirations.

N’hésitant pas à jouer sur les époques, Jean-David Morvan nous immerge en plein 19ème siècle où des idées sociales ont été développées sur la base d’une initiative plus ancienne signée Charles Fourier. Pour lutter contre la misère et le crime, deux concepts bien différents sont appelés à s’opposer, l’un défendu par Glannes, l’autre par Godin. A partir d’une structure soignée et d’un découpage dynamique, le scénariste trouve l’excellent moyen de nous instruire (sur la création de l’utopie de Guise) tout en nous intéressant à une intrigue fictive plutôt sympathique reposant sur la disparition de personnalités du crime et sur l’accaparement d’une de ses communautés dans un esprit de vengeance.

Ce premier volet est de fait captivant grâce à un travail d’évocation bien exécuté, renforcé par un jeu graphique qui vaut son pesant de qualité, surtout au niveau des décors. En effet, Romain Rousseaux Perin, qui est issu d’une formation d’architecte, nous trace un Paris et un Guise historiques des plus documentés. On lui saura gré de cette restitution rigoureuse qui reste un atout pour la mise en avant de ses personnages à la physionomie certes moins pointue mais suffisamment explicite.

Une bonne entrée en matière sur une fiction historique qui a le privilège de mettre en valeur une utopie sociale éphémère qui a fait pas mal d’adeptes entre les 19ème et 20ème siècles.

Par Phibes, le 31 mars 2025

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