Trous de mémoires
Quelque part dans le sud de la France, au cœur du paisible village de Maquerol, le Ministre de la Culture décide de créer un musée en l’honneur du photographe Gérard Poaillat, qui vient de décéder. Mais l’entreprise est particulièrement ambitieuse car le projet doit concilier les différentes mémoires liées à la Guerre d’Algérie… Une historienne pointilleuse et un architecte présomptueux débarquent ainsi pour réaliser l’irréalisable ! Très rapidement, les obstacles se multiplient, à commencer par les conditions posées par la veuve de l’artiste, et les visions quelque peu antagonistes des différents groupes mémoriels.
Par v-degache, le 1 avril 2025
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Scénariste :
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Éditeur :
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Sortie :
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ISBN :
9782808209991
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Notre avis sur Trous de mémoires
C’est à travers une fiction intelligente, drôle et mouvementée que Nicolas Juncker tente de traiter les tensions mémorielles subsistant autour de la Guerre d’Algérie. Un sacré tour de force de l’auteur de Malet que de réussir à insérer dans son scénario de multiples enjeux qui tournent autour de cette guerre de décolonisation, qui a touché ce qui était alors des départements français de la rive sud de la Méditerranée, mais aussi la métropole, et qui crispent la société française depuis des décennies !

C’est dans le village fictif de Maquerol, en Provence, que prend place notre intrigue. Choix peu surprenant, la région étant particulièrement concernée par l’accueil des pieds-noirs quittant précipitamment l’Algérie en 1962, mais aussi par l’arrivée des harkis qui parvenaient à échapper aux massacres quand, dans un deuxième temps, Paris consentait à rapatrier ceux qui étaient perçus comme des traitres par leurs congénères, et étaient voués à une mort certaine en restant sur leur terre natale. Suite au décès du photographe Gérard Poaillat, le Ministre de la Culture lance un ambitieux projet de musée consacré à l’œuvre de l’artiste, qui réunirait, par la même occasion, toutes les mémoires de la Guerre d’Algérie.

Très vite, les tensions éclatent et, pieds-noirs, anciens appelés du contingent ou soldats de métier, fils et filles de harkis, nostalgiques de l’OAS ou de la colonisation, fils et petits-fils de combattants du FLN, politiques et historiens, viennent mettre à mal l’entreprise…
Juncker intègre habilement ces voix discordantes et conflictuelles dans son récit. Une historienne pointilleuse supervisant avec une rigueur à toute épreuve la muséographie, un architecte aux idées pour le moins originales, une veuve bien décidée à préserver l’œuvre et la maison du défunt mari, un maire voyant dans le futur musée un possible strapontin pour de plus hautes fonctions, on retrouve la faculté de l’auteur à construire une galerie de personnages pittoresques, parfois ridicules, entrainant des situations particulièrement cocasses, le tout sur fond de tensions mémorielles.

Vous avez aimé Un général, des généraux, Seules à Berlin, ou bien encore La vierge et la putain ? Vous serez forcément enthousiasmés par le nouvel ouvrage de Nicolas Juncker, qui aborde, avec son style narratif et graphique si particulier, ces blessures liées à la Guerre d’Algérie, qui ne sont toujours pas refermées, et qui traversent les générations. Un poids du passé qui continue à entraver les relations entre les deux pays, comme nous le rappelle régulièrement l’actualité…
Plus que recommandé, Trous de mémoires est une lecture indispensable, que ne reniera probablement pas Benjamin Stora !
Par Vincent, le 01 avril 2025