Interview
Entretien avec Pierre Minne
Sceneario.com : Bonjour Pierre, cette fin d’année se présente bien pour toi, pas mal de choses sur le feu. Le "Patrouilleur" 1 chez Wanga Comics, l’année dernière, semble avoir été un bon déclencheur. Peux tu nous parler de ton parcours jusque là, histoire que les scenearionautes te connaissent mieux.
Pierre Minne : Et bien bonjour,
Pour commencer, je dirais que j’ai toujours été fan de comics depuis que, petit, j’ai découvert Strange, Nova, Titan… Bref, toute cette déferlante de comics qui une fois arrivé en France nous a fait découvrir Spiderman, Iron man etc… Je piquais les comics de mon grand frère et je m’amusais à refaire les épisodes pour mon plaisir.
Depuis je n’ai jamais arrêté de dessiner.
En 1999, je rejoins Climax Comics, le studio associatif qui réalisait des fanzines avec des super-héros français. J’ai donc appris à travailler en groupe avec d’autres dessinateurs jusqu’à ce que le Studio Makma apparaisse et me recrute (le studio MAKMA étant la professionnalisation des membres de Climax Comics). Avec ce studio, j’ai découvert le travail de commande et donc les deadlines qui m’ont poussé à dessiner vite, mais pas forcément bien. Je suis resté chez MAKMA jusqu’en 2008.
A peine ai-je quitté celui-ci que Wanga Comics me recrute. Wanga étant associatif et voulant promouvoir les dessinateurs français et le comics français, j’adhère de suite avec en tête l’idée de vouloir avoir mon propre super-héros.
Ca c’est le résumé en ligne droite.
Sceneario.com : Le Patrouilleur est donc la continuation logique de tout ce que tu as accompli jusque là ?
Pierre Minne : Tout a fait. Comme tout dessinateur, je rêvais d’avoir un personnage bien à moi et surtout un personnage français évoluant en France. Wanga Comics m’a laissé la possibilité de réaliser ce souhait.
Sceneario.com : Comment est née cette série ? Et cette rencontre avec Wanga !
Pierre Minne : Ensuite, quand Wanga m’a invité à les rejoindre pour dédicacer au Toulouse Game Show, je me suis mis en tête de leur proposer le projet. C’est donc de là aussi que date la rencontre avec Wanga Comics, lors de ce festival.
Anthony Dugenest (le big boss de Wanga) et moi étions toujours en contact, car il fût l’un des derniers dessinateurs que j’avais recrutés quand je fus président de Climax Comics. On peut dire qu’avant j’étais son boss et désormais, c’est lui le patron (rire).
Sceneario.com : Un héros patriotique, c’est une thématique qui semble au premier abord bien plus américaine qu’Européenne, pourquoi avoir opté pour un héros aux couleurs de la France ? Des résurgences de ton passage sur Captain Canuck ?
Pierre Minne : Oui c’est américain, mais qui va défendre notre hexagone en cas de soucis ? Captain America ? J’en doute… Plus sérieusement, ce créneau est casse-gueule c’est sûr, mais pourquoi pas… Il y a beaucoup de choses à faire et a créer dans le super-héros hexagonal et je ne vois pas pourquoi on ne le fait pas ?
Parce que « le comics » c’est américain et qu’il faut leur laisser ?
Le manga réussit bien à s’imposer avec des dessinateurs français, il est temps que les dessinateur, fans de comics, se lancent… Donc, oui, on peut dire que le Patrouilleur a les couleurs du drapeau français, il se place dans la catégorie patriote (j’ai même certains blogs qui forcément on parlés de nationalisme…vous voyez l’amalgame ? C’est là tout le problème… En France, on place les gens et les genres dans des cases). Pour mon passage sur Captain Canuck, oui je dirai que cela à alimenté mon envie d’avoir un personnage du genre.
Sceneario.com : D’un autre côté, même s’il défend « les couleurs » de la France, il ne semble pas que le véritable créneau du « Patrouilleur » soit de l’ordre du nationalisme pur. Tu présentes un super soldat qui a des cas de conscience progressivement avec les ordres qu’on lui donne, qui se pose des questions. Il n’y a pas de prosélytisme nationaliste la dedans. Simplement, en France, c’est vrai aussi, on n’a pas un sens du patriotisme très développé, donc ça fait tiquer.
Le lieutenant Doumet apparaît donc, comme je le disais plus haut, aux premiers abord comme un bon soldat, fidèle aux ordres qu’on lui donne, mais progressivement, l’intrigue glisse vers quelque chose de plus ambiguë, avec des secrets qu’on lui cache au sujet de son rapatriement, sa hiérarchie qui change etc. On a vraiment l’impression que tu ne vas pas forcément continuer dans le schéma Patriotic Heroes classique.
Pierre Minne : Oh que non ! Comme dans toute corporation, il y a des secrets d’état, des complots, des trahisons. Cela restera principalement super-héroïque, mais je compte bien y glisser tout ce que l’on peut trouver dans le style agent secret etc. Mais là, j’en ai déjà trop dit ! (rire) C’est un peu du Ultimates (période Hitch).
Sceneario.com : Là, on est encore dans un monde sans super vilains et tout le toutim, as-tu l’envie de complexifier cet univers ?
Pierre Minne : Il va forcément se complexifier. L’épisode 2 va déjà confronter le Patrouilleur à son premier super-vilain… Celui-ci n’est que le début. On va aussi devoir prendre en compte la politique liée à l’apparition de plus en plus fréquent d’humains aux capacités surhumaines en France, de trafics internationaux et donc Damien DOUMET va voyager… Mais là il est encore trop tôt.
Sceneario.com : Actuellement, des structures comme Wanga Comics permettent vraiment de faire du comics de super héros, de la pure créa. Ce que je voudrais savoir, en fait, c’est comment un auteur comme toi, qui veut faire du super-héros à l’américaine, se positionne par rapport à ce modèle us qui a créé les codes à la base du genre ?
Pierre Minne : Je me positionne comme un défenseur ou plutôt un fer de lance des dessinateurs français voulant créer du comics en France. Nous avons des dessinateurs de talents qui, dans la masse de dessinateurs mondiaux, on du mal à travailler pour le modèle (les Etats-Unis)… Alors l’alternative, c’est d’avoir son personnage et son titre. L’idée part de là. Attention, je ne dis pas que ce mouvement est nouveau, nous avons eu des séries et des dessinateurs bien avant nous.
Sceneario.com : Oui, tout ce qui se lance en ce moment, avec les French Comics, semble découler du travail qui a pu être fait, tout d’abord, il y a 30 ans avec Photonik, Mikros, Ozark chez Lug, puis il y a quelques années de ça au sein du Sémicverse.
Pierre Minne : Ces exemples que tu cites sont mes inspirations et je regrette que ces héros n’aient pût continuer leurs aventures… Bien que… On ne sait jamais (rire). Mais, surtout, que ces dessinateurs soient obliger de faire des pieds et des mains pour pouvoir travailler dans le dessin… (tu en sais quelque chose vu que tu es un ancien du Semicverse 😉 ) Donc l’idée est de créer un marché du comics français, et peut-être que nos jeunes qui plus tard voudrons en faire le pourront… Ouais parfois je suis un peu utopiste…
Sceneario.com : Pour l’instant, on a l’impression que le lectorat est encore un peu timide, néanmoins, je me souviens du stand Wanga à Angoulême, avec tout ces auteurs et les visiteurs qui venaient en nombre vous voir… Il y a beaucoup d’énergie et d’attente, je trouve. Comment ressens-tu tout ça de ton côté ? As-tu l’impression que les choses changent de plus en plus, qu’un nouveau lectorat se créé ? Que cette production arrive à créer ses propres thèmes, une approche européenne ? Comment vois tu le développement de tout ce qui se fait en ce moment ?
Pierre Minne : Oui Angoulême, la folie.
Je pense que le mouvement dit « French Comics » (mais je préfère dire Comics Indépendant Français) est en pleine révolution. Malgré ce qu’on en pense, il y a une vraie attente des lecteurs français sur ces titres et ce genre. La preuve c’est que depuis 2 ans on voit apparaître de nouveaux studios, de nouveaux dessinateurs timides qui arrivent avec leurs personnages et leurs projets, la presse spécialisée commence à en parler. C’est positif ! Oui, cela change. Je le ressens bien, j’en suis même ravi ! Le développement idéal serait que ce soit les studios américains qui achètent nos licences pour diffuser aux States… Soyons fou ! (rire)
Pour être lucide, beaucoup d’associations de BD ou comics disparaîtront, ça a toujours été comme ça…l’idée serait, un jour, d’avoir un seul et unique Studio avec toutes les séries qui nous offriraient ces lectures. Un peu comme en 1990 avec le studio Image Comics…voilà ! Un Image Comics français !
Sceneario.com : C’est vrai que ça serait une alternative plus fédératrice. Car, pour l’instant, tout le monde fait son truc dans son coin et n’a pas forcément beaucoup de visibilité !
Autrement, je pense qu’on peut déjà en parler. Tu travailles sur la suite de Strangers, publié par Sémic il y a quelques années. N’est-ce pas le moyen de boucler la boucle, d’inscrire définitivement ton travail dans la continuité directe de cette mouvance ? Peux-tu nous en dire plus sur la genèse de ce projet ?
Pierre Minne : Oui c’est une sorte de continuité dans ce que j’ai toujours voulu faire, du comics avec des héros français. Mais la boucle est loin d’être bouclée, j’ai encore beaucoup de projets et d’envie dans cette mouvance.
Ce retour des Strangers s’est fait grâce à Thierry MORNET avec qui je suis en contact et Jean-Marc LOFFICIER que j’ai rencontré pour la première fois au festival comics d’Igny dans l’Essonne en 2007. Au détour d’un mail avec Thierry j’ai glissé l’idée que si les Strangers étaient encore là, j’aurai aimé faire un crossover avec le Patrouilleur (cela ne se fera pas, ne jubilez pas, pour cause de continuité dans l’univers des Strangers)…et Thierry à fait suivre le mail à Jean-Marc… Et tout à commencé car Anthony DUGENEST et moi sommes fans des Strangers… Et c’est du pur plaisir.
Sceneario.com : Alors la suite ? Le Patrouilleur 2 ? Des envies d’aventures américaines ?
Pierre Minne : La suite, oui, le 2ème épisode du Patrouilleur qui est entièrement dessiné et qui est en cours de colorisation. J’avais espéré qu’il sortirait en septembre mais le planning fût bousculé en fonction de l’arrivée des Strangers qui prend du temps (200 pages en TPB)…
Donc, du coup, on repousse l’épisode 2 en fin d’année. Ce temps entre le n°1 et le n°2 est aussi dût au fait qu’il à fallu faire connaître la série au niveau communication et distribution…il me reste quelques textes à rédiger mais il sera prêt en fin d’année… J’espère même finir le n°3 avant la parution, histoire que l’attente soit moins longue entre ces 2 épisodes surtout que le 2 et le 3 sont consacrés au combat entre le Patrouilleur et son 1er adversaire.
Concernant mon envie d’aventure américaine, je vais y faire un modeste incursion avec Venturesome Motes avec Chris MALGRAIN chez Arcana comics… Sinon, j’avoue que postuler aux states n’est pas un rêve absolu désormais, mais comme beaucoup me disent « mais tu n’as jamais postulé etc. ? » Je vais peut-être essayer quelques pages de soumissions afin de voir si cela pourrait marcher. Ce dont je doute, je n’ai pas le niveau pro.
Sceneario.com : En tout cas merci, Pierre, pour ce temps passé à tes côtés !
Pierre Minne : Et bien écoutes c’est avec plaisir et surtout merci à toi de faire un spotlight sur un acteur du french comics en espérant qu’il y en est d’autres car cela contribue à notre grande conquête ^^