Interview
Olivier Fiquet,
le nouveau dessinateur de Pif
Bonjour Olivier, peux-tu te présenter, d’où tu viens ?
J’ai commencé chez Fripounet en 1987, en faisant des jeux, des petites énigmes, …, comme beaucoup. Après, je suis passé chez Pif de 1989 à 1992. Ensuite je suis parti au Journal de Mickey. J’ai commencé à dessiner des bandes dessinées Disney.
Il y avait de la création française ? Ce n’était pas seulement des traductions américaines ou italiennes ?
Non, non, il y avait encore des dessinateurs français et surtout Marin qui était encore vivant. Il y avait beaucoup de création et je faisais beaucoup d’illustrations, les couvertures des Mickey Parade,… J’ai fait cela pendant 5 ans, j’en ai fait un paquet.
Environ 1 an avant de partir de chez Mickey, j’ai mangé avec Guy Delcourt, et comme il venait de monter Story, sa boite d’animation, je lui avais dit que j’étais intéressé par de l’animation. Je lui ai demandé s’il avait un projet ‘gros nez’ car je voulais faire de la recherche de personnages, un peu d’animation. Et donc, quand il m’a rappelé en me disant qu’il faisait le monde fou de Tex Avery et qu’il y avait tout le développement, les personnages secondaires, je suis rentré dans l’animation. J’ai bossé pour Ellipse, France Animation, …
Ellipse, ceux qui ont fait Tintin, Blake et Mortimer ?
Oui, mais je suis arrivé après. J’ai travaillé sur les dessins animés Sabrina, Fracass, et sur le long métrage de Petit Potam chez Story. J’avais fait tous les personnages secondaires. J’ai fait aussi plein de pubs, … Pour Pif, un jour un de mes amis m’appelle en me disant qu’ils allaient le re-sortir. Je me suis dit qu’ils étaient cinglés. Mais bon, j’y suis allé en me présentant comme un ancien de la boutique. Ils m’ont pris pour faire partie de l’équipe et je suis revenu à la bande dessinée comme cela. Car je n’étais vraiment plus du tout dans ce milieu-là.
Que penses-tu d’Angoulême ?
La dernière fois que je suis venu, c’était il y a quatorze ans, avec le Journal de Mickey. Honnêtement, je n’avais pas envie de venir. Je suis arrivé hier soir et je n’ai pas encore eu le temps de tout visiter. Je trouve que cela fait quand même vaste foire à pognon. Angoulême c’est beaucoup trop gros. C’est le problème, à partir d’une certaine taille, il faut gagner de l’argent. Je préfère beaucoup plus les petits festivals.
Qui vient te voir sur les festivals, les adultes ou les enfants ?
Justement pour moi, les festivals de bandes dessinées comme Angoulême ce n’est pas vraiment la place de Pif gadget. Dans le sens où c’est fait pour les fondus et les fans de bandes dessinées qui viennent pour faire la queue des heures pour avoir un dessin. Je ne comprends pas. Je n’ai jamais fait cela.
Des dédicaces, j’en ai eu, car quand tu es copain avec d’autres dessinateurs, c’est plus facile quand même. Avant de faire ce travail-là, j’avais rencontré Mic Delinx, Cheret, … j’avais eu mon dessin. A l’époque, ils faisaient ça sur une feuille de papier. On était jeunes et impressionnés, on n’osait pas y aller. Les parents disaient d’aller voir le dessinateur et on avait un dessin de sa part. Alors que maintenant, ce n’est plus pareil. Je peux comprendre mais je ne ferais pas la queue pendant des heures. C’est de la folie !
Pour certains, tu as l’impression qu’ils couchent à la porte du stand pour être là le lendemain matin. De plus, quand j’étais môme, il n’y avait pas beaucoup de festivals et les dessinateurs on les approchait très facilement. Il ne fallait pas un ticket pour avoir un dessin. Je trouve cela ridicule. Il n’y avait pas ce business et ce ‘star-system’.
Star system ?
Dessinateurs de bandes dessinées, c’est rien, personne ne se souviendra de nous. Ce qui m’énerve, c’est ce côté jeune boutonneux qui se la joue rock star. Quand on voit Mick Jagger dans la rue, on se retourne. Pour moi, le seul dessinateur où les gens se retournent dans la rue ou se disent qu’ils le connaissent, c’est Uderzo, car ils l’auront vu à la télé. Quand je vois certains auteurs, je trouve qu’il y en a qui en usent et qui en abusent, genre mec inaccessible. C’est cela que je reproche à certains auteurs car c’est seulement de la bande dessinée. A mon avis, on ne changera pas le monde avec.
Si tu as un message à transmettre, je ne pense pas que ce soit le meilleur support. C’est déjà pré-mâché. Tu as déjà une vision de l’histoire avec les images et le texte. Je pense que le cinéma et la littérature sont des moyens d’expression beaucoup plus puissants que la bande dessinée, qui se lit très vite. On ne peut pas mettre grand chose dedans. On met huit/dix images sur 44 pages. Donc on ne peut pas forcément raconter beaucoup de choses. Normalement une bonne bd, si on enlève tout le texte des bulles, on comprend l’histoire mais malheureusement ce n’est pas souvent le cas.
C’est pareil avec le cinéma !
Non, prends le cinéma muet comme exemple : il y avait une autre force par rapport au cinéma actuel. Il y a de temps en temps quelques bd qui sortent sans bulle, c’est pareil. Il y a aussi le Jesuit Joe de Pratt. Il parle dix fois dans l’album et c’est un chef d’œuvre. Mais bon, il y en a assez peu.
Franchement ce qui me gonfle, ce sont ceux qui crachent sur tout ce qui a été fait avant.
Pas tous, je trouve qu’il y a des trucs sympas chez certains éditeurs comme l’Association. Il en faut, mais bons, et il ne faut pas déconner. S’il n’y avait pas eu des journaux comme Tintin, Pif, … ces mecs-là, ils ne seraient pas là.
Cela me fait penser à l’époque de la nouvelle vague dans le cinéma. Il en reste quoi de la nouvelle vague au cinéma ? Deux ou trois réalisateurs. Tout les autres, tu ne les vois plus. Moi je préfère faire ma petite historiette dans Pif et être lu par 120 000 lecteurs que d’être soi-disant branché, dans le ton, et être lu par 1000 personnes. Si cela me gênait, je n’aurais pas travaillé pour le dessin animé, je n’aurais pas bossé pour Mickey,…
Je vois plus mon boulot comme de l’artisanat que comme de l’art. Je n’ai pas l’impression de faire de l’art. Je ne suis pas un bon client dans le sens auteur. Je ne crache pas dans la soupe, je suis vachement content car c’est ce que je voulais faire.
Mais je trouve qu’il faut faire dégonfler le machin. Ce n’est que de la bande dessinée. Ce n’est pas péjoratif mais je pense qu’à trop vouloir une reconnaissance comme un art majeur à part entière, on a monté une grosse bulle. Et quoiqu’on en dise, la bande dessinée va mal. Quand cette bulle va exploser, cela va tomber de haut.
Et l’internet ?
Certaines fois c’est super agressif sur certains sites. Quand il y a eu l’affaire du siècle de Beineix et que je voyais les messages sur les forums, ça n’était que lynchage. Ce n’est pas la peine d’en faire 60 pages. Des fois, j’ai l’impression que pour certains, c’est le moyen de se défouler : « si tout le monde dit du mal, je dis du mal ». C’est assez puéril. Sur certains sites, tu dois avoir une moyenne d’âge qui ne doit pas être élevée.
Sur les albums il y a quand même le boulot du scénariste, dessinateur, … derrière. Si tu le fais honnêtement, tu vas essayer de faire de ton mieux. Il y aura toujours des mecs plus forts que toi. Tu sais que ça ne plaira jamais à tout le monde. Mais certains commentaires vont trop loin.
Tu lis encore de la bande dessinée ?
Très rarement, je préfère un bon roman. Ah si ! Je lis les albums des copains,ou des albums qui m’ont marqué quand j’étais môme. J’en parlais avec quelqu’un qui travaille dans le cinéma. Elle ne peut pas regarder un film comme une simple spectatrice parce qu’elle voit tout le coté technique et finalement elle ne prend plus de plaisir.
En ce moment, tu ne travailles que pour Pif ?
Oui, j’ai bien d’autres projets, mais en ce moment je ne travaille que pour Pif.
Vous travaillez comment, dans un bureau, chacun chez soi ?
Je bosse chez moi. La rédaction de Pif, c’est comme tous les journaux maintenant. Il y a quinze personnes. Nous, on travaille tous chez nous. Je reçois le scénario de Cortegianni et je bosse dessus.
Comment gères-tu la situation de reprendre le personnage d’un autre ?
Cela ne me gêne pas du tout. Si tu veux, pour moi la bande dessinée, cela n’a rien à voir avec ce que c’est devenu maintenant. Il y a tout un business autour de cela. Moi, je l’ai découvert en lisant les illustrés. Mon but dans la vie, ce n’est pas de laisser un message. Je ne me considère pas comme un auteur.
Le public de Pif gadget, ce sont des adultes nostalgiques, des adultes qui achètent pour les enfants ou directement les enfants ?
Au départ, c’était clairement les nostalgiques, car bon, les enfants de maintenant, Pif, ils ne connaissaient pas : quand il a disparu, ils n’étaient pas encore nés. Maintenant, la grosse partie des lecteurs se sont les enfants. Ce n’est plus les nostalgiques. Les adultes vont acheter le premier par nostalgie, à la limite, le deuxième mais ils ne vont pas en acheter 19 par nostalgie.
Cela se voit notamment par le courrier des lecteurs.
Oui, on reçoit beaucoup de lettres et des dessins de gamins. C’est sympa, ça, d’ailleurs, quand tu travailles dans la presse et que tu as des mômes qui t’envoient des dessins de Pif, des Robinsons, …
Il y a combien de numéros d’avance ?
Moi, aucun. (rires)
Je suis à la bourre tout le temps. Non, ce n’est pas tout à fait cela. Je ne livre pas à l’avance mais je ne suis jamais en retard. Ils l’ont pour le bouclage. Cela peut être trois heures avant de boucler, mais ils l’ont (quoique dernièrement,j’ai un peu fait pêter les délais).
Surtout que cela doit prendre un certain temps à imprimer tous les exemplaires ?
Non, je crois que cela va très vite maintenant. Ils doivent faire cela en une journée et c’est imprimé /broché.
Ce n’est pas un pari fou d’avoir relancé Pif ?
Je pense que c’était une super idée, car c’est un journal qui se vend et qui a marqué des générations de gamins. On doit être en moyenne entre 100 et 120 000 exemplaires tous les mois. Après il faut savoir que c’est un journal qui dégage très peu de marge car le gadget coûte relativement cher à fabriquer.
A la différence du Journal de Mickey qui ne fait pas beaucoup de création et donc qui ne coûte pas très cher, pour les journaux comme Spirou, Pif, … il faut payer les planches des dessinateurs.
Donc, il ne faut pas rêver non plus. On est un peu un fanzine de luxe.
(rires)