9 mars 2012

Mars 2012, John Carter, un film, un Omnibus…

L'affiche

 

Alors que le film sort tout juste en salle, il convient de rapidement faire le point sur le personnage, son univers, sur les publications et sur le travail d’adaptation.

Burroughs et John Carter

A la base, donc, de ce film il y a un personnage créé par Edgar Rice Burroughs, il y a tout juste 100 ans de ça, en 1912, pour le magazine  « All-story Magazine ».  John Carter est le premier personnage à sortir de l’imaginaire  débridé de Burroughs.

Néanmoins, très vite, son sens du rythme, du suspense et la richesse de cet imaginaire vont se faire remarquer. Le succès va être au rendez-vous et Burroughs va pouvoir laisser derrière lui ses boulots mal payés pour ne se consacrer désormais qu’à l’écriture.

Dans la foulée il va créer son autre héros qui va vite devenir l’un des personnages les plus connus de la planète, Tarzan ! Avec un succès certainement plus fulgurant encore.

Ces aventures ne seront publiées en livre qu’à partir de 1917, mais pour les besoins de leur publication en magazine ces récits seront découpés en épisode, ce qui va amener Burroughs à rythmer ses histoires avec des cliffhangers très réguliers. Un style, reconnaissable entre mille à ses débuts, qui va amener de nombreux lecteurs à se passionner pour ces aventures qui les tiennent en haleine du début à la fin.

Il reste néanmoins l’héritier d’une époque ou les héros sont virils, archétypaux, qui ne baissent la tête devant aucun danger, toujours partant pour un bon combat et dont le leitmotiv complètement « désintéressé » reste toujours centré sur les beaux yeux d’une belle en détresse.
Avec ce schéma, il y a tout un pan de la littérature populaire qui est représenté, et des déclinaison qui vont du western au « cape et d’épée », en passant par la SF ou le polar. Et les personnages de Burroughs n’échappent pas à la règle, loin de là. D’autant que l’écrivain y rajoute vite, surtout dans John Carter, une touche de machisme assez classique à l’époque, mais qui pourrait agacer maintenant (la plupart de ses histoires parlent avant tout de femmes qui se font enlever et de héros qui bravent tout les dangers pour aller les secourir !!!)
Il y a un rythme fou et l’inventivité de l’écrivain déborde à chaque page. Chaque roman recèle d’idées incroyables.  Et cela va vite être la marque de fabrique de la série. John Carter n’est pas seulement le gars venu de sa Virginie natale et balancé sur une planète lointaine pour y devenir un héros. Non seulement on va suivre cet homme, qui est étrangement bon dans tout ce qu’il entreprend,  dans son parcours martien, mais on va le voir braver tout les dangers, déjouer tout les plans machiavéliques qui vont se présenter afin de lui barrer la route !

Burroughs vient tout de même de créer le nouveau héros américain par excellence, un des archétypes modernes qui va ensuite servir de base pour de très nombreux autres personnages, que ce soit Flash Gordon, Adam Strange, Michael Kane, mais aussi des films comme les Star Wars, Avatar etc. Ce modèle va inspirer des générations d’auteurs SF (Bradbury, Howard, Moorcock, Brackett, Brussolo…). Et maintenant, si, en effet, en lisant ces histoires on a l’impression de déjà-vu c’est principalement parce qu’il s’agit ici de la base même de ce genre, un peu comme peut l’être aussi Tarzan, par exemple.

Sans oublier que le poids de John Carter sur la culture US n’est pas négligeable. Le cycle a été classé deuxième en 1966, à l’occasion du Prix Hugo de la « Meilleure série de tous les temps », juste après le cycle Fondation d’Isaac Asimov.

Il faut bien rendre à César ce qui est à César !

Le premier Omnibus réédité fin Fevrier 2012

Il y a donc eu neuf romans (« Une princesse de Mars », « Les Dieux de Mars », « Le Guerriers de Mars », « Thuvia, vierge de Mars », « Echecs sur Mars », « Le conspirateur de Mars », « L’aventurier de Mars » , « Les épées de Mars » et « Les hommes synthétiques de Mars ») et deux recueils de nouvelles (« Llana de Gathol » et « John Carter de Mars »). John Carter n’est le vrai héros que des trois premiers, en fait. Mais grâce à ses exploits il va forger le ton de la série

D’ailleurs, je vous conseille très vivement la lecture du premier recueil que rééditent les Presses de la Cité dans leur collection Omnibus. Ce premier volume rassemble les cinq premiers romans (à mes yeux les plus intéressants). Il existe un second volume, publié initialement par Lefrancq, mais on devra certainement attendre de voir si le film va remporter suffisamment de succès pour en espérer la réédition !

C’est une très belle édition, pas très cher, avec des traductions révisées.

En parallèle, cet univers à été repris en strip dès les années 40 par le fils même de Burroughs, puis en comics dans les années 60, avant de débarquer d’une part chez DC au début des 70’s et chez Marvel quelques années plus tard.

Avec l’arrivée du film, il y a un regain d’intérêt pour ce « Cycle de Mars », chez Marvel ou Dynamites., au travers de mini-série qui d’une part adapte les romans et d’autres part développe davantage l’univers et principalement les personnages comme Dejah Thoris.

John Carter est un ancien combattant sudiste qui s’est lancé dans l’exploitation d’un filon de quartz en Arizona avec un camarade, ex-soldat lui aussi, James K. Powell. Mais, pour exploiter pleinement le filon, Powell va devoir aller chercher du matériel et de la main d’œuvre.
Tombé dans une embuscade indienne, il ne va pas survivre au sauvetage de Carter qui va devoir se réfugier dans une grotte pour échapper, épuisé, à ses poursuivants.
Après s’être évanoui, ce dernier va se sentir comme « aspiré » sur Mars (« Barsoom » pour les martiens), alors qu’il voit son propre corps inerte sur le sol.
Aucune explication n’est donné pour ce phénomène et cela fait vraiment partie de la magie de cette série d’ailleurs !

Il se retrouve donc sur cette planète étrangère, il y rencontre une troupe de martiens verts, les Tharks, des géants de près de 4/5 mètres, avec 4 bras. Il se rend compte, aussi, que la faible gravité sur Mars lui permet de faire des bonds incroyables tout en lui donnant une force décuplée !
Il rencontre celui qui va vite devenir son ami, Tars Tarkas, un Tharks qui semble éprouver des sentiments (ce qui leur est formellement interdits), ainsi que la jeune Sola (qui est la fille de Tars, mais ça il ne le saura que bien plus tard). Deux des personnages secondaires les plus importants de la série.

Mais les martiens sont des guerriers, ils se battent souvent les uns avec les autres, ce qui va les amener à affronter un groupe de martiens rouges, des êtres bien plus évolués qui nous ressemble, excepté qu’ils ont la peau rouge. A la suite de l’arraisonnement d’un vaisseau scientifique venant d’Helium (L’une des plus grandes villes de la communauté rouge) John Carter va ainsi faire la connaissance de la sublime princesse Dejah Thoris (réputée la plus belle femme de la planète, il fallait bien ça pour notre héros terrien !!!) la nouvelle prisonnière des Tharks. Une prisonnière qui va vite devenir un vrai enjeu politique !!!

Le premier roman raconte principalement les aventures de Carter pour ramener Dejah Thoris à Hélium et tenter ainsi d’enrayer les assauts des troupes de Sab Than et de ses Zodanguiens, les ennemis d’Helium, le tout en s’associant aux Tharks.

John Carter est vraiment le type même de l’aventurier qui va très vite se rendre compte que la vie pleine de bataille sur Mars lui convient bien plus que ce qu’il a sur Terre. Et pratiquement dès le premier regard, il va avoir le coup de foudre pour Dejah Thoris, ce qui va définitivement le décider à rester auprès d’elle. Ne revenant sur sa planète natale que dix ans plus tard…

Le film

Affiche 2

Malgré la récente adaptation « Les chroniques de Mars », à oublier rapidement, en 2010, sortie directement en vidéo, on attendait cette version produite par Disney et réalisée par Andrew Stanton (Wall-E, Toy story, Le monde de Nemo) avec beaucoup d’intérêt.

Niveau grand spectacle on est gâté, bien sur. Les décors sont somptueux, les engins, les créatures sont une complète réussite. Du point de vue des différents designs c’est du très bon boulot, c’est assez fidèle à l’univers des livres de Burroughs. J’aurais peut-être tendance à trouver qu’ils chargent pas mal d’ailleurs, mais cela sert merveilleusement l’univers dépeint par Burroughs qui est réellement grandiose.


Un petit bémol, à ce niveau là, au sujet d’Helium qui manque de grandeur, de « gloire ». On ne la voit que très peu, alors qu’elle est l’une des plus grandes villes de la planète, la plus magnifique, en tout cas.
De même que je trouve aussi le Woola (la bestiole qui suit John Carter partout, une sorte de gros chien) trop disneyen, il prête plus à sourire qu’autre chose, c’est le Jar Jar bins du film, en somme. Dommage !

Niveau du scénario, ça se tient, le film respecte les grandes lignes des romans (l’intrigue principale est celle du premier livre, mais les scénaristes ont rajouté des éléments des suivants, histoire d’étoffer l’ensemble), même s’il s’en éloigne dans les angles, histoire de se réapproprier l’univers en place et le rendre plus « cohérent » et moins lisse. C’est assez bien équilibré, avec une introduction à la situation dès les premières images, il va y avoir de l’action, on est prévenu. Le reste du film va ensuite s’articuler autour des éléments mis en place au début, les personnages étant amené à se croiser rapidement.

John Carter est donc, ici, un aventurier venu de la Terre et propulsé sur Mars grâce à une amulette bien étrange qui permet aux Therns (voir plus haut) de voyager entre les planète du système solaire.
C’est un ancien soldat sudiste qui refuse de retourner au combat depuis le massacre de sa femme et de son fils. Il s’est exilé en Arizona afin de chercher de l’or, et, alors qu’il vient de trouver un gisement il se voit rattrapé par l’armée qui le somme de rejoindre les troupes sudistes. Il réussit à s’enfuir et entre deux feux (les soldats d’une part et les indiens de l’autre) il se réfugie dans une grotte ou il croise un Therns qui tente de le tuer. Finalement tout deux activent la fameuse amulette qui amène John sur la planète rouge !
Comme dans le roman il va d’abord rencontrer les Tharks de Tars Tarkas et va être pris en main par Sola.

Cependant, ici, les martiens rouge sont déchirés par le conflit qui oppose Zodanga et Helium.
Dejah Thoris, la fille de Tardos Mors, le Jeddak d’Helium (Le « Jeddak » étant le titre suprême pour une cité, le « roi » en quelque sorte)(dans les romans Dejah Thoris est sa petite fille), est une scientifique très expérimentée, elle vient de mettre au point une machine capable de maîtriser « le neuvième rayon », ce qui pourrait permettre de mettre fin au conflit.
Toutefois, Sab Than propose à Tardos Mors de signer un traité, la survie de Helium contre la main de Dejah Thoris. Celle ci finit par s’enfuir pour échapper à ce mariage arrangé dans son dos. Poursuivie par des vaisseaux Zodangiens, elle finit par survoler la cité des Tharks et manque de mourir dans l’affrontement… Heureusement que John Carter se trouve là et en deux bonds sauve la belle et fait fuir Sab Than !

 

Le scénario gomme tout de même les petites traces de machisme de l’œuvre d’origine, il donne plus d’importance à Dejah Thoris qui tient vraiment un rôle crucial dans l’histoire, elle n’est plus seulement la belle princesse en détresse.
Par contre, en contre partie, John Carter réfute les principes de l’armée, il n’est plus cet homme qui aime se battre fièrement dans l’impulsion du combat, ici il devient un rebelle impulsif, qui a du mal à oublier la mort de sa famille et qui ne rêve que de revenir sur terre pour exploiter sa mine d’or. Il va falloir vraiment insister pour qu’il daigne rester, les beaux yeux de Dejah Thoris ne suffisant plus !
Il n’a pas vraiment envie de se battre, même s’il n’y rechigne pas, simplement, pendant les ¾ du film il ne pense qu’à son retour sur Terre, chose que le John Carter des livres n’envisage plus, pratiquement, dès les premières pages du premier roman !

Alors que les romans prenaient leur temps pour introduire tranquillement les différents personnages, le film bâcle un peu trop les présentations. Du coup, on peut s’y perdre dans les noms et les dénominations. La trame de base est néanmoins assez linéaire et les personnages ont tous un rôle très défini dès le départ, ce qui permet de ne pas trop lâcher prise dans cette histoire, ni pour savoir qui est qui, visuellement.

Malgré tout, il y a quand même des éléments qui alimentent la confusion ou qui complexifient inutilement l’intrigue. Mêler les Therns à cette première intrigue, par exemple, ne fait qu’amener un élément assez déstabilisant, on ne sait pas pourquoi ils sont là, à manipuler Zodanga, on ne sait pas comment ils ont trouvé le moyen d’infiltrer la Terre, ni même ce qu’ils y mijotent depuis des lustres. Ce sont les prêtres sacrés de la déesse Issus, ils sont respectés partout sur Mars et dans les romans leur objectifs ne va guère plus loin que leur survie immédiate et l’entretien de leur culte, jamais ils n’iraient, en temps normal, s’immiscer dans un conflit entre cités. Alors que dans le film, ils sont la source même du conflit, manipulant Sab Than en lui fournissant le pouvoir du neuvième rayon. Leur intervention vide quelque peu la substance des personnages pourtant très forts comme Sab Than ou Tardos Mors qui ne sont guère que des marionnettes qui se fondent dans le décor.

Et je ne parlerais pas de la disparition de l’usine à atmosphère qui fabrique l’oxygène grâce à laquelle les martiens peuvent respirer depuis des millénaires.

J’oppose ma vision de lecteur avec celle de spectateur, ça n’est pas pour faire de la comparaison gratuite, c’est davantage pour bien insister sur le fait que tout travail d’adaptation amène à des réaménagements du matériau de base. Ca n’est pas toujours heureux, mais dans la logique de ce film je trouve que c’est assez cohérent, tout de même.

Les deux acteurs remplissent assez bien leur rôle. Taylor Kitsch fait peut-être un John Carter un peu mollasson, moins sec que l’original, mais Lynn Collins fait une très belle et très forte Dejah Thoris, très convaincante. Dans la perspective d’un film d’action qui met l’accent sur le rythme et les exploits des protagonistes, ils rendent une copie très honnête, bien que le Woola soit souvent bien plus expressif (mais le rôle de ce genre de créature aussi). J’ai bien aimé cette assurance qu’ils dégagent. Dejah Thoris devenant bien plus solide que dans les livres par exemple !
Par contre Ciaran Hinds fait un Tardos Mors bien fade et absent qui se noie dans le protocole, tandis que Dominic West fait un Sab Than sans relief.
Mais, globalement cela passe assez bien dans la logique du scénario.

 

Un film qui tient ses promesses, du grand spectacle, de l’action, du grandiose avec un scénario à la fois prenant et très enlevé.
Mais là ou Burroughs a eu l’intelligence d’avoir comme angle d’approche le regard subjectif de John Carter, permettant ainsi aux lecteurs d’entrer dans l’histoire progressivement tout en appréhendant tout les personnages et les coutumes de Mars au fur et à mesure, les scénaristes du film ont tendance à lancer le spectateur dans le creux du récit sans crier gare, ce qui ne leur laisse plus assez de place pour développer davantage les divers éléments de l’histoire, les psychologie des autres personnages et toute la richesse de cette culture martienne !

Au final, un bon film blockbuster qui va peut-être pâtir d’un bouche à oreille assez réducteur, mais qui mériterait d’être davantage vu, histoire de permettre enfin à l’univers de John Carter d’être plus adapté au grand écran, avec autant de panache !