VISAGES - CEUX QUE NOUS SOMMES
Soleil cou coupé

Liselotte a appris l’existence de son fils Georg dans le sinistre camp de Dachau. Ayant bénéficié quelques faveurs grâce à l’intervention de l’officier allemand Von Linden, l’ancienne journaliste a pu enfin écrire à son fils. Malheureusement, considérant son statut d’opposante au régime nazi, Liselotte est condamnée à être transférée au terrible camp de Mauthausen et doit y retrouver l’obscur Dr Mühle. En juillet 1944, averti par son ami Von Linden, Louis Kerbraz, l’ancien amant de Liselotte, prend le parti d’aller sauver cette dernière des griffes de son tortionnaire. Pendant que les américains progressent sur le front ouest et que les russes avancent sur le front polonais, Louis, qui a embarqué avec lui son fils Georg, fonce vers leur destination. Sur leur chemin, ils croisent à Dresde Peter Bailly, le frère à Liselotte, et le convainquent de s’unir à leur quête. Pourront-ils arriver à temps, avant que la prisonnière soit exécutée par ses bourreaux ?

Par phibes, le 5 février 2024

Notre avis sur VISAGES – CEUX QUE NOUS SOMMES #4 – Soleil cou coupé

Nathalie Ponsard-Gutknecht,Miceal Beausang-O’Griafa et Aurélien Morinière reviennent pour la dernière fois nous offrir les suite et fin de leur fiction historique ayant pour base une équipée romanesque bouleversée par deux conflits mondiaux successifs. Comme l’on pouvait le pressentir précédemment, ce tome nous rapproche irrémédiablement d’une solution finale en tout point marquante.

A la suite d’un léger espoir marqué par la découverte de son fils, Liselotte vient ici retracer le parcours bien douloureux de ceux (et ils sont nombreux) qui ont vécu l’enfer morbide des camps de concentration et la folie destructrice de ceux qui les dirigeaient. A ce titre, les scénaristes reviennent fort subtilement sur ces situations atroces de persécution d’une noirceur considérable que les livres d’Histoire nous rappelle douloureusement. Les évocations sont fortes et témoignent, à la faveur d’une voix-off explicite, de l’inhumanité dans toute sa médiocrité, selon des témoignages saisissants.

Le cheminement du père et du fils se veut également parcouru de nombre d’événements historiques bien choisis qui viennent faire habilement et horrifiquement également le lien avec la fiction. Là aussi – nous sommes pratiquement à la fin de la guerre – la souffrance a toute sa place et les dispositions factuelles mises en avant confortent l’ambiance soutenue de départ. Si les rencontres apportent leur lot de surprises, les intrigues restent multiples et s’entrecroisent remarquablement en prenant des chemins totalement divergents ou convergents (la quête de Liselotte qui regroupe Louis, Georg et Peter, la préservation de Sheila). Dans ce malheur ambiant, l’espoir a également sa place accompagné d’un besoin de reconstruction très palpable et une volonté évidente très bien retranscrite d’en savoir plus sur nous-même.

Le dessin d’Aurélien continue à faire mouche, surtout qu’ici, l’inhumanité prend toutes ses formes. Toujours aussi documenté, son trait réaliste mêle parfaitement la fiction romanesque et la réalité historique. Les émotions continuent à déferler, à la faveur d’instantanés on ne peut marquants, suscitant des moments douloureux ou d’espoir, d’interrogation, d’amour.

Une fin d’équipée historique percutante et bouleversante à souhait qui a la particularité de nous interroger sur ce qui façonne notre identité.

Par Phibes, le 5 février 2024

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